|
La sécurité retrouvée sur l’axe routier Bukavu- Bunyakiri favorise le commerce entre les deux villes et le tourisme au Parc national Kahuzi Biega. La vente des produits agricoles et du bois génère du revenu pour les habitants de Bunyakiri, qu'ils dépensent à Bukavu.
"Depuis août 2007, seules trois barrières échelonnent encore les 145 km de route qui séparent Bukavu et Bunyakiri", déclare Malira Ciza, un camionneur qui fréquente cette route. Avant cette date, on comptait 17 barrières, sans compter celles dressées à l’improviste, sur ce tronçon qui relie la capitale du Sud-Kivu, Bukavu, Bunyakiri, située plus au sud-ouest. Ces barrières sont celles tenues par les Forces armées de la RD Congo (chaque passager y paie 50 Fc (0,096 $) et le propriétaire du véhicule 5 $), celle de l'entrée du parc national Kahuzi Biega (PNKB) et la barrière où est prélevée la seule taxe légale de 5 $ par véhicule.
"C’est un signe que la sécurité est recouvrée", dit Andema, une commerçante. Auparavant, les nombreux groupes armés de la région installaient leurs barrages et prélevaient leurs taxes, ce qui décourageait les gens de faire du commerce en utilisant la route. Mais grâce au retour de la sécurité, le trafic et le tourisme se sont intensifiés sur l'axe. Les camionneurs font la navette deux à trois fois par semaine entre Bukavu et Bunyakiri, avec la seule contrainte de franchir la barrière du parc au plus tard à 18 heures.
Un trafic intense… Perchés sur des camionnettes, vétustes pour la plupart, roulant sur une route qui a pendant de nombreuses années été asphaltée, mais est aujourd'hui sérieusement détruite, les habitants de Bunyakiri approvisionnent désormais Bukavu en huile de palme, arachides, banane plantain, manioc, noix palmistes, graines de courges, igname,… Ils rentrent le même jour avec divers produits : vêtements, produits de beauté et éclaircissants, sel, savon, fournitures scolaires, kérosène, bière, boissons sucrées, matériaux de construction …"que nous vendons rapidement pour repartir deux jours après", déclare fièrement Dido Barungu, un commerçant de Bunyakiri. D’autres exploitent le bois à Chanyi et à Nandu, la partie de la forêt non protégée. Ils y produisent des planches de 4,5 mètres de long qu'ils vendent à Bukavu pour la fabrication des meubles et les charpentes de maisons. Les ateliers de transformation du bois foisonnent désormais dans la ville de Bukavu. "Les variétés les moins chères (libuyu, mafuta, buchayi) coûtent 6 $ la pièce", dit Annonciata, vendeuse de planches au grand dépôt de l’avenue Industrielle de Bukavu. "Les autres (kiba, licheche, sirita, kasabumbu, lukundu) reviennent à 7, 10 voire 13 $ la pièce", déclare Bayubasire Bikaya, chef de bureau des services généraux à la division provinciale de l’environnement, pêche et forêt. "Il y a douze mois, les mêmes produits coûtaient 2 à 3 $ de plus chacun", se rappelle Anny Bisimwa, une vendeuse de planches. Depuis que l'offre est plus élevée, les prix du bois ont chuté. Patrimoine mondial, peuplé d'une faune variée dont les gorilles des plaines et d’une forte variété d’espèces végétales, le PNKB a vu sa fréquentation plus que doubler entre 2006 et 2007. Le gorille, animal phare du parc, s’y est stabilisé. On peut visiter ces familles après deux heures d’ascension des monts Kahuzi et Biega. "En 2007, le Parc a enregistré 806 touristes", déclare Radar Birhashwira, chef de l’unité éducation environnementale au PNKB. Selon les rapports annuels du parc, il n’y avait en 2006 que 306 visiteurs, et 206 en 2005. La participation du tourisme aux recettes provinciales s’est accrue.
…grâce à la sécurité La levée des barrières renforce donc la sécurité et les échanges. En 1996, des bandes armées avaient profité de la guerre pour occuper toute la contrée et le parc. Depuis lors, il était devenu téméraire de circuler sur cette route. Un grand nombre d’habitants avait fui, ce qui avait favorisé l’occupation des maisons et des champs par les Interahamwe, les miliciens rwandais qui ont participé au génocide de 1994 et qui vivent actuellement dans les forêts de la RD Congo. À partir de 2005, les habitants de Hombo, Bulambika, Bitale, Kambali ont commencé à rentrer intensément pour participer aux élections. Aujourd’hui, "90 % du PNKB occupés par les factions armées sont revenus à la situation normale et l’exploitation illicite des minerais a pris fin", déclare un pisteur. La sécurité a pu être rétablie dans cette contrée depuis août 2007 "parce que certains combattants irréguliers ont intégré l’armée ou se sont déplacés plus au Nord", explique sous anonymat, un paysan de Bunyakiri. Il ajoute : "les Interahamwe, eux, s’occupent des travaux champêtres qui les distraient des pillages et tueries dans les villages". par Thaddée Hyawe-Hinyi (Syfia Grands Lacs/RD Congo)
Copyright 2007. All Rights Reserved. |