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Sud-Kivu : les pères mieux nourris que les enfants (1 lecteur(s)) (1) Invité(s)
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SUJET: Sud-Kivu : les pères mieux nourris que les enfants
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Sud-Kivu : les pères mieux nourris que les enfants Il y a 11 Mois Karma: 5  
Par Thaddée Hyawe-Hinyi

(Syfia Grands Lacs/RD Congo)

Us et coutumes à l’appui, les pères de familles exigent souvent d’être mieux servis que leurs enfants, dont la croissance est sacrifiée. Les mamans cèdent, sous la pression. Des nutritionnistes tentent de les informer.

Getu Nganiza, vêtue de guenilles, la longue chevelure désordonnée, est assise en face de sachets noirs remplis de braises, étalés par terre sur un vieux sac troué qui n'a plus de couleur. Elle vend les braises en détails à Muhungu, un des quartiers populaires de Bukavu. Deux fois par semaine, le jour du marché, "je dois payer de la viande à mon mari, sinon je suis battue le soir", dit-elle. "Lorsque je nourris ma famille, mon mari est toujours mieux servi, en qualité et en quantité, au détriment de nos enfants", reconnaît Aldé Shakira, une ménagère de Ludaha, en territoire de Kabare, à l’ouest de Bukavu. Ainsi le veut la coutume, et bon nombre de femmes la respectent au Sud-Kivu. La croissance des enfants en souffre, contre le gré des mères. "Je sacrifie ainsi la croissance de mes enfants par crainte d’être répudiée", regrette Aldé Shakira.
Musimbi Eloi, père de famille, avoue que "même quand je dispose de peu de sous, je prends ma bière chaque soir ; peu importe ce que l’on va manger à la maison. Chacune de mes deux femmes prend ses dispositions pour bien me nourrir chaque jour". D’innombrables cas similaires sont répertoriés dans d’autres familles.

Polygamie et coutumes rétrogrades
Dans le Sud-Kivu, une enquête matrimoniale révèle que "trois hommes sur dix ont au moins deux femmes". Et la place de l’homme comme ‘supérieur’ est "largement acceptée dans la société shi (Ndlr. : la plus grande tribu au Sud-Kivu)", rappelle Basheka Ciringa, un sociologue. D’une part, les polygames mangent à deux tables : d’autre part, les femmes mariées à un même homme respectent individuellement et sans faille les exigences alimentaires de leur mari. Nchiko Ntumwa, à qui son épouse a demandé de partager un peu de viande avec ses enfants, rétorque : "qu’ils s’habituent à manger des légumes verts : je l’ai fait à leur âge".
Cette habitude traditionnelle s’observe encore dans de nombreux foyers en dépit "des échanges d’expériences que nous avons organisés en groupes mixtes hommes et femmes entre les groupements d’agriculteurs de Walungu et ceux de Butembo, au Nord-Kivu", regrette Déo Baganda, vulgarisateur agricole chargé du genre pour ACPACHI (Action pour la promotion de l’agriculture à Chikonyi).
Ces agissements s’appuient sur les adages et les proverbes qui enseignent que "la petite pluie ne s’arrête que sur les grands arbres" et que "lorsque la bière est insuffisante pour tous, seuls les grands en prennent". Dès lors, "les enfants pâtissent dans les familles", regrette Rita Kashosi, ménagère et animatrice dans le mouvement associatif féminin au Sud-Kivu. "Mon mari s’enivre chaque jour, paie à boire à ses collègues tous les soirs, mais à la maison, il nous arrive de passer la nuit le ventre creux avec les enfants, tandis que lui se soucie très peu des difficultés que j’éprouve à nourrir les enfants", explique Getu Nganiza.
Certains pères de familles limitent cependant l'exercice de leur droit de ‘premier et meilleur servi’, mais sans le supprimer. Joseph B. reconnaît que "avant de me saouler, je me rassure que la famille va également bien manger mais j’insiste pour que mon repas soit composé de viande, explique-t-il.

Ong et Eglises à la rescousse
Des formations sur les régimes alimentaires utiles aux enfants (aliments pour favoriser la croissance, procurer de l’énergie et protéger le corps en bas âge) sont pourtant dispensées dans différentes organisations. ACF (Apostolat couple et famille), une structure ecclésiastique active à Bukavu depuis 2004, est en train de s’installer pour ce faire dans les villages. "Grâce aux débats que nous organisons sur la promotion féminine et les droits des enfants lors des réunions de ACF, j’ai convaincu mon mari qui en est devenu membre", se réjouit Lina Ciroyi, une quadragénaire. Les enfants victimes du comportement des parents et qui sont pris en charge par ces organismes servent d’exemples pour instruire leurs pères et mères. "Avec les parents des enfants mal nourris, nous développons la culture maraîchère et le petit élevage de cobayes, riches en protéines animales et peu consommés, pour amortir les carences en protéines animales chez les enfants au sein des familles", ajoute Léonie Wimba, une nutritionniste au Centre Mère-enfant, à Mushekere. Mais le poids des habitudes reste grand…
 
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