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L’assassinat d’Albert Ngezayo,l’une des personnalités
les plus en vue de la ville,a plongé Goma dans un état
de choc. C’est jeudi, en fin d’après-midi, que des hommes
en uniforme embusqués à bord d’une voiture dépourvue de plaques
d’immatriculation ont fait feu, à bout portant, sur le propriétaire
de l’hôtel des Masques alors qu’il descendait de voiture et se
préparait à rentrer dans sa propriété.
Dans les heures qui suivirent, Ngezayo a succombé à ses
blessures ainsi que deux autres victimes, le chauffeur de son véhicule
et un jeune vendeur de cartes de téléphone.
Albert Ngezayo était le frère de Victor Ngezayo, un homme d’affaires
très connu, propriétaire, lui, de l’hôtel Karibu. Victor Ngezayo
avait fondé un parti politique, le Mouvement des Patriotes
congolais qui, durant la guerre, était entré en concurrence avec le
Rassemblement congolais pour la démocratie, jugé trop inféodé
au Rwanda. Victor comme Albert Ngezayo, des métis, se présentaient
comme des Tutsis congolais et défendaient les droits de
leur province. Le père d’Albert et de Victor Ngezayo était le demifrère
du Prix Nobel de médecine Ilya Prigogine, et ce dernier avait
gardé le contact avec la branche africaine de sa famille. Il se rendait
régulièrement au Kivu où il retrouvait ses neveux.
Selon certaines sources à Kinshasa, il y a peut-être eu confusion
entre Victor, homme d’affaires et personnalité politique parfois
accusée d’avoir entretenu des relations avec Laurent Nkunda,
et Albert, plus connu pour ses activités hôtelières et son combat
pour la défense de l’environnement.
Avec son large chapeau de cuir, ses bottes de cow-boy, Albert
Ngezayo, la soixantaine grisonnante, était avant tout l’homme
qui défendait le parc de la Virunga, au nord de Goma, où il gérait
le domaine dit de la Rwindi, où se pratiquaient jadis la chasse
et la pêche. Durant les années de guerre, Albert Ngezayo avait inlassablement dénoncé le saccage du parc, le massacre des gorilles,
des hippopotames, l’installation des réfugiés rwandais puis des
combattants hutus dans des zones classées comme des réserves
naturelles et qui abritaient une faune et une flore d’une richesse
exceptionnelle.
Ngezayo avait fini par louer l’hôtel des Masques à la Mission
des Nations unies au Congo, qui l’avait transformé en hôpital, et il
s’était lancé dans des affaires foncières, essayant de récupérer des
propriétés qui lui avaient été confisquées du temps du RCD
Goma. Selon certaines sources, des litiges fonciers venaient de se
clôturer à son avantage et il se préparait à faire déguerpir quelque
150 personnes qui occupaient illégalement ses propriétés,
ce qui lui aurait valu quelques solides inimitiés.
A Goma, la thèse de ce règlement de comptes pour des raisons
purement économiques laisse cependant sceptique. Plusieurs
de nos interlocuteurs mettent en cause les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) qui auraient opéré
en complicité avec des militaires congolais.
La situation est en effet très tendue dans la région, car c’est le
15 mars qu’expire, en principe, l’ultimatum fixé aux divers groupes
armés. Après cette date, les combattants hutus FDLR devraient
soit être cantonnés en vue d’un rapatriement au Rwanda,
soit être réinstallés dans d’autres provinces congolaises très
éloignées de la frontière. Même si la date ne sera probablement
pas respectée, il se confirme que l’armée congolaise se prépare à
entrer en action, avec le soutien de la Monuc. Cette dernière a déjà
annoncé qu’elle avait renforcé sa présence militaire dans les zones
où se concentrent les rebelles hutus rwandais et que des opérations
étaient déjà en cours.
De plus, la résolution 1804 adoptée par le Conseil de Sécurité
de l’ONU a torpillé la propagande menée en Europe par des porte-parole des FDLR qui, exigeant toujours un « dialogue interrwandais
» avec Kigali, incitent les combattants hutus à refuser
un éventuel rapatriement. La résolution onusienne demande
aussi aux Etats de s’abstenir de toute collaboration politique, militaire
ou financière avec ces groupes de combattants hutus.
Ce durcissement de la communauté internationale peut avoir
incité les combattants hutus et leurs éventuels alliés locaux à
prendre pour cibles des personnalités en vue supposées être proches
du général tutsi Laurent Nkunda.
■ COLETTE BRAECKMAN
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