LAURENT NKUNDA : pour moi, tout a changé depuis les Accords de Goma
13-03-2008
C’est dans un ranch à la verdure paradisiaque que l’ équipe de AMANI LEO a rencontré Laurent Nkunda MIHIGO à KILOLIRWE, localité située dans le territoire de Masisi.
Le chef rebelle du CNDP s’est livré à cœur ouvert aux questions de Magloire PALUKU et en exclusivité il a déclaré : « Pour moi tout à changé depuis les accords de Goma…J’ai adhéré au programme Amani bien avant… C’est le peuple Congolais qui a gagné… »
Amani Leo : Nous sommes à Kirolirwe au village Brazza sur la montagne Gichwa. Comment vous sentez-vous dans ce milieu avec le vert pâturage tout autours ?
Laurent Nkunda : J’aime bien ce paysage.Ca me fait l’image de ce que peut-être, le Congo peut devenir si on y travaille. Ça me met un peut à l’esprit l’idée de la reconstruction nationale. Ça me met à l’aise.
A.L :Aujourd’hui, après la Conférence de Goma, quelle est votre santé psychologique, physique et même militaire ?
Pour moi, tout a changé depuis les Accords de GomaL.NKunda : Pour moi tout a changé depuis les accords de Goma. Avant la Conférence de Goma, c’était la guerre, le stress, la mort, les réfugiés, les déplacés de guerre, les bombes, les avions, les chars de combat. C’était un peut tout ça. Aujourd’hui c’est le sommeil, c’est le repos, ce sont des retrouvailles avec les mis de longue date. Aujourd’hui ce sont des embrassades, tout le monde à Goma, tout le monde à Kinshasa. C’est l’avenir qui nous hante, nous le regardons ensemble sans des injures à la radio. Je me suis retrouvé, je suis très détendu, j’ai retrouvé ma santé et même mes réflexes et mes instincts.
Amani Leo : En nous recevant ici, nous journalistes de Amani Leo, c’est une confirmation que vous avez adhéré au programme Amani ?
Laurent Nkunda : J’ai adhéré au Programme Amani bien avant. Je suis donc promoteur du programme Amani. Je l’ai demandé avant même la tenue de la Conférence de Goma. Vous êtes témoins, vous de la presse que sur dans notre site, j’ai publié depuis 2004 une lettre demandant une conférence InterKivutienne. C ‘ est arrivé en 2008. Nous, nous l’avions demandé en 2004. Je dois vous dire que je me sens à l’aise dans ce programme, je suis confortable dans ce programme. Je suis signataire, à travers Monsieur Kambasu Ngeve, de l’Acte d’engagement. C’est autant vous dire que nous y sommes et nous y travaillons déjà.
Amani Leo : C’est Laurent Nkunda qui a gagné ?
Laurent Nkunda : C’est le peuple Congolais qui a gagné. Nous étions des belligérants. A voir les membres des délégations du CNDP et du Gouvernement qui étaient à la Conférence c’est la peuple qui a gagné. Donc le peuple a gagné contre les deux belligérants, le CNDP et le gouvernement. J’ai gagné à travers le peuple. Quand la victoire appartient au peuple, elle appartient à nous tous car ce peule, ce sont nos parents.
Amani Leo : Qu’est ce que les gens disent en rapport avec l’Acte d’engagement, ici dans votre fief ?
J'ai adhéré au Programme AMANI bien avantLaurent NKUNDA : Il a été bien reçu. La guerre, ce n’était pas l’idée ni le choix de ce peuple. La guerre, ce n’était même pas la volonté du CNDP, notre mouvement. Nous avions toujours demandé les pourparlers. Nous avons sécurisé les élections, nous avons sécurisé le referendum. Nous avons apporté notre soutien logistique au référendum et aux élections. Nous avons soumis notre cahier de charges depuis octobre 2006, tout ceci étaient des actes qui prouvaient à suffisance que nous ne voulions pas de la guerre. Ici le peuple est content avec cet Acte d’engagement. Vous savez que pour la journée de la femme, les mamans de Kilolirwe (Sous contrôle CNDP) sont parties fêter à Sake (Sous contrôle du gouvernement). Le peuple nous a précédé déjà, cela prouve un engouement qu’il a pour cet acte.
Amani Leo : Il vous arrive de prendre des décisions qui fâchent, qui énervent comme la dernière fois, quitter et revenir dans ce processus de paix. Donnerez-vous chance à ce processus sans ces rebondissements, dans le futur ?
Laurent NKUNDA : Je pense qu’il faut poser des actes volontaires te conscients. Nous savions que nous avions arrêté pour un temps et je pense qu’il le fallait. Le village de Kalonge est tout prêt et je peux le voir d’ici. Qu’on vous apprenne qu’il y a trente morts dans un petit village et que je puisse continuer à négocier, il fallait d’abord me rassurer qu’il y a trente morts. Nous ne sommes pas inhumains jusque là. J’ai voulu me rassurer qu’ils sont réellement morts. On ne peut pas continuer à négocier sur les morts. Je me suis arrêté, j’ ai vérifié si dans tout le territoire contrôlé par le CNDP il y a eu trente morts, mais il n’y en a pas eu. Je me suis dit il faut continuer avec le processus. Il fallait chercher ailleurs.
Amani Leo : Que pensez-vous de l’Abbé Apollinaire MUHOLONGU Malu-Malu, que vous inspire-t-il ?
Laurent NKUNDA : Je connais. Vous me parlez de celui que je connais.
Amani Leo : Ca veut dire quoi vos le connaissez, le Coordonnateur National du Programme Amani ?.
Nkunda découvre le journal AmanileoLaurent NKUNDA : Je ne l’avais pas choisi comme Coordonnateur du Programme Amani. Quand on l’a nommé, je n’étais pas là. Sachez que quelqu’un qui a supporté la période chaude des élections durant laquelle il y avait la guerre, il peut bien maintenir le processus de paix. Aux élections, c’étaient les combats, aujourd’hui, c’est tous vers la paix. Même si on m’aurait demandé mon avis, peut-être que j’aurai proposé la même personne.
Amani Leo : Qu’entendez-vous et qu’attendez-vous du programme Amani ?
Laurent NKUNDA : Disons que dans le Programme Amani il y a tout, tout ce que l’on pouvait attendre seulement, ce qui reste, c’est ce qui est caché dans le coeur des gens, ce qu’on appelle la volonté. Vous savez, j’ai dit un jour aux gens que Goma est mieux que Sun City. Je suis signataire des accords de Sun City avec le RCD entant qu’officier général. J’ai participé à toutes les réunions de préparation. Sun City était le partage du pouvoir tandis que Goma est un partage de l’avenir. Pour la première fois depuis 1960 les congolais ont appris à discuter et se partager l’avenir contrairement au partage du pouvoir et autres postes de responsabilités.
Amani Leo : Et si on vous proposait un poste, vous choisirez lequel ?
Laurent NKUNDA : Chercher un poste au Congo c’est un droit. Je suis congolais. Briguer le poste de président de la République est aussi un droit, mais il faut en être capable.
Amani Leo : Et vous, vous en êtes capable ?
c'est le peuple Congolais qui a gagnéLaurent NKUNDA : Laissez-moi vous dire que ce n’est pas bon de se juger soi-même. Je suis entrain de travailler pour mon pays. Tout ce que je sais est que je suis important dans un domaine et dans un autre. Si on me demandait un poste que je veux avoir, je vais choisir en fonction du besoin du peuple Congolais. Il y a une absence de discipline dans la classe politique Congolaise. Je pense aussi qu’il y a pas de nation sans protection, il n’y a pas d’Etat sans intégrité territoriale. Ainsi, je choisirai clairement et nettement de participer à la reforme de l’armée.
Amani Leo : Laurent Nkunda chef d’Etat-major de l’armée, n’est-ce pas petit par rapport à vos allures actuelles et ces gestes, canne avec une tête d’ aigle à la main, comme le feu Maréchal Mobutu ?.
Laurent NKUNDA : L’aigle est le totem de notre parti. Je réclame même plus bas que cela. Je réclame même être un instructeur de l’armée seulement, pourvu que je participe, pourvu que j’apporte ma contribution, pourvu que le Congo se retrouve parmi les pays qu se respectent et qui sont respectés. On ne peut pas imaginer que le Congo, le Zaïre de Mobutu soit un pays que l’on ne respecte pas, un pays où tout le monde s’impose et même les forces négatives. Cela nous révolte et nous disons que cela doit s’ arrêter.
Amani Leo : Je vois que vous admirez Mobutu ?.
Laurent NKUNDA : Il a fait notre histoire et il a fait son histoire. Je suis né quand Mobutu était au pouvoir, j’ai grandi sous Mobutu, je garde quelque chose de lui. Je l’ai apprécié dans certains domaines surtout dans l’unité de notre pays. Avec Mobutu il y avait pas des Banyarwanda, des Baluba, des Barega et ainsi de suite. Aujourd’hui,nous avons perdu tout cela pourtant c’est la base de la reconstruction d’ une nation. Aujourd’hui les relations avec les pays limitrophes, c’est la catastrophe. Nous avons peur de tout le monde même de ceux qui ne font pas peur. Non, tout cela ne nous honore pas. Le pays est occupé par des forces négatives, peut-être avec Mobutu cela ne pouvait pas se faire.
Amani Leo : Si on vous demandait de réintégrer vos hommes dans l’armée, où allez-vous les amener?
Avant la Conférence, c'était la guerre, le stress, la mort ...Laurent NKUNDA : Partout au Congo où ils peuvent être utiles pour le bien du peuple Congolais.
Amani Leo : Quatre ans en brousse, ça ne fatigue pas ?
Laurent NKUNDA : Fatigué de vivre chez soi ? Au lieu de vivre à l’extérieur du Congo, je préfère vivre en brousse chez moi. Je préfère vivre en brousse chez moi que de vivre dans une villa à l’extérieur, vivre loin des pleurs de mes semblables, loin des sentiments d’intervention. Je n’ai pas voulu vivre loin de mes sentiments qui sont ici auprès de la population qui souffre en la protégeant contre les bévues des FDLR rwandais.
Amani Leo : On dit que vous vivez ici puisque vous gagnez de l’argent. Vos investissements sont à Goma et au Rwanda?
Laurent NKUNDA : Ce n’est pas seulement là-bas. J’ai investi même à Kinshasa, en Afrique du Sud, même aux Etats-Unis et en Europe. La différence est que j’ai investi dans les hommes au lieu d’investir dans des banques. Je suis conscient que c’est le meilleur des investissements. Rassurez-vous je n’ai pas assez d’argent mais j’ai des richesses dans les hommes. Voila pourquoi je me maintient pendant quatre ans et je n’ai pas changé de statut et de menaces.
Amani Leo : Cela veut dire que vous avez des supporters au Rwanda et à Goma ?
Laurent NKUNDA : J’ai fait quatre ans entrain de former des hommes à regarder l’avenir. Dieu merci si il y a cinq cents ou milles qui ont accepté de le faire avec les autres sept milles qui ont accepté de vivre avec moi dans la brousse. C’est un grand investissement.
Aujourd'hui, c'est le repos, c'est le someil, ce sont les retrouvailles.Amani Leo : Le CNDP a obtenu des places de choix dans la Commission Technique Mixte Paix et Sécurité. Comment vous allez vous y prendre ?
Laurent NKUNDA : Nous avons des hommes pour ces postes. Pendant quatre ans nous avons formé et éduqué des hommes. Je savais que la base de développement d’une société c’est la formation et l’éducation. Nous avons formé des cadres pour cela. Nous sommes prêt à donner plus encore.
Amani Leo : Les hommes qui vous entourent sont connus et même recherchés par la justice. Comment parvenez-vous à les recruter ?
Laurent NKUNDA : Ils ont été attirés par les objectifs du CNDP. Ils ont été attirés par cette décision de dire non quand tout le monde dit oui. Ils étaient entrain de chercher une voie pour exprimer leurs savoirs. Nous sommes connu, le Masisi est connu. Cette rébellion je l’ai préparé depuis longtemps à Kisangani. Je me disais, si le RCD ne résout pas le problème des Congolais, je vais le quitter et créer un autre mouvement. Beaucoup de ces hommes me connaissent bien avant.
Amani Leo : Parlez-nous de vous, de votre quotidien dans cette brousse et de votre cursus.
Laurent NKUNDA : Je suis né dans un village près d’ici à MIRANGI. C’est à 162 kilomètres de Goma. J’ai fait mes études primaires dans la région, l’école secondaire de Katwe toujours dans le Masisi. Je n’ai pas eu la chance de terminer mes études universitaires arrêtées à cause de la guerre au Rwanda où j’étudiais la psychologie à l’université de Mudende. J’ai été enseignant de psychologie à Kichanga. En suite j’ai fait l’armée dans l’APR(Armée Patriotique Rwandaise), après dans l’AFDL avec Mzee Laurent Désiré KABILA et le RCD et enfin le CNDP.
Amani Leo : Quand vous réveillez-vous les matins ?
Laurent Nkunda dans son nouveau lookLaurent NKUNDA : Cela dépend. Quand parfois je suis au commandement je me réveille à quatre heures du matin. Quand je fais un travail intellectuel, les heures changent nécessairement. J’écoute la radio d’ abord et vers huit heures je suis débout.
Amani Leo : Que dites-vous du journal Amani Leo ?
Laurent NKUNDA : Je vous encourage et veux être parmi les grands abonnés.
Propos recueillis par Magloire PALUKU a partir de
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